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MEMBERS OF POETS IN PARIS


Claudine Fischer
Impasse du Petit Chêne 4 1562 Corcelles/Payerne Suisse
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L'Afrique à cœur ouvert

Parcours de vie

 

 

1986…

 

C'est un soir de décembre de l'année1986 que mon destin a basculé. Ce soir-là, était diffusée l'émission « Destin » consacrée à Edmond Kaiser, fondateur de Terre des Hommes et de Sentinelles. Cette émission a bouleversé le cours ma vie, ce fut la première pierre qui contribua à bâtir la femme que je suis aujourd'hui.

 

Le lendemain, je donnais ma démission à mon employeur de l'époque et 10 jours plus tard je débarquais à Lausanne, accompagnée de mon chien Flambare pour travailler chez Edmond Kaiser. Une année plus tard, je poursuivais seule mon chemin.

 

1988…

 

J'ai quitté la Suisse à la fin mars 1988, sac à dos, direction le Burkina Faso, avec des escales prévues au Bénin et au Togo pour y travailler. J'étais impatiente et j'avais la folle envie de rencontrer les habitants. Je n'avais aucun préjugés, l'esprit et le cœur entièrement libres, avec cette simple envie, comme un leitmotiv, aller au bout des choses . Un problème technique à bord de l'avion pour Cotonou me contraignit à débarquer en premier lieu au Togo…comme un signe du destin.

 

Si tôt débarquée, je me suis rendue à la pouponnière de Lomé, qui était tenue par des Sœurs. J'ai été accueillie par Sœur Claire qui m'a donnée l'adresse de Terre des Hommes. Alors que je travaillais pour Sentinelles, j'ai fait la connaissance de Najet Gadri qui dirigeait le foyer « L'Oasis à Lomé ». Je m'y suis rendue, et Najet m'a accueillie. En contre-partie j'agissais pleinement sur le terrain. Ainsi j'ai pu, en toute liberté humer l'air africain et m'imprégner de ce continent.

Le soir, nous restions de longues heures, accompagnées des voisins, collaborateurs et autres passants, à parler et à refaire le monde. Je lui parlais de mon désir de joindre le Burkina Faso pour trouver et collaborer avec une association africaine déjà existante.

Chaque jour, je me rendais au centre de Terre des Hommes qui accueillait des enfants abandonnés ou perdus. C'est là qu'un petit joyau nommé Etsé a bouleversé ma vie et mes projets. Sans le savoir, ce petit bout d'homme allait devenir le fil rouge de mon existence. Il allait devenir le mortier des briques de ma vie.

Curieusement, Etsé, quelques mois après sa naissance a été transféré à la pouponnière de Lomé où il a vécu jusqu'à l'âge de 3 ans et demi. C'est Sœur Claire qui s'est occupé de lui…rien n'arrive jamais par hasard…Ce petit être, déjà fragilisé par la mort, à sa naissance, de sa maman et de son frère jumeau, a, en plus, souffert d'une cardiopathie congénitale (opéré en Suisse, Etsé a voyagé sur les genoux d'Edmond Kaiser , encore une coïncidence) et d'une méningite purulente avec une rechute 3 mois après sa guérison. Cette maladie a malheureusement laissé des séquelles au niveau psychomoteur.

Etsé a mis ma vie sans dessus-dessous et m'a fait comprendre que notre rencontre était des plus importante. Au fil des jours, Etsé qui ne parlait pas, qui tombait beaucoup, qui pleurait tout le temps, qui gardait son petit visage fermé par tant de détresse se mit petit à petit à mieux marcher, à sourire, à tenter des pas de danse et avec une peine et un effort énorme commença à murmurer quelques mots pour finalement parvenir à fredonner les chansons que je lui apprenais. Il en était tout heureux et moi je pensais « un miracle ».

J'en ai passé des nuits, sans dormir, en position du Lotus « véridique » à me demander ce que j'allais bien pouvoir faire de ce petit bonhomme. Le profond désir de ne pas le déraciner, de ne pas le priver de sa culture, de son pays et de ses racines me tenaillait le cœur et l'esprit. Je mis tout en œuvre afin de trouver une solution auprès des représentants de sa famille. Malheureusement, aucune démarche ne fut entendue, aucun membre de sa famille ne voulait de sa réintégration.

Un beau matin, la réponse s'imposa d'elle-même, claire comme de l'eau de source : Plus question d'aller au Bénin ni au Burkina, il fallait que je retourne en Suisse pour y adopter Etsé afin de pouvoir lui apporter les soins médicaux nécessaires. J'ai pris cette décision malgré le fait que je n'avais ni appartement, ni travail, ni mari… Je ne possédais absolument rien de structurant pour permettre à une adoption d'aboutir, si ce n'est une volonté de fer et une force capable de déplacer des montagnes.

J'ai quitté Esté début novembre 1988 en lui promettant qu'il serait à Genève le 31 décembre accompagné de Najet qui allait passer les fêtes chez elle en France. J'ai pris ce pari un peu fou tout en sachant que si je n'atteignais pas mon but, je retournerais auprès de lui et que nous resterions ensemble à Lomé.

De retour en Suisse, contre vents et marrées, mais surtout avec une généreuse solidarité de la part des collaboratrices et collaborateurs de « Terre des Hommes » et des personnes agissant sur le terrain au Togo, qui comprirent que rien ni personne ne m'arrêterait, nous avons finalement abouti dans les démarches qui faisaient de moi la probable future maman adoptive d'Etsé. Etsé arriva en Suisse le 31 décembre 1988 accompagné d'Amadou, le fils d'Edmond Kaiser. Lorsque nos regards se croisèrent, Etsé dit « Ah ! Maman ! », mais c'est le mot «  enfin  » que tout son être exprimait. Du coup, tous mes doutes s'envolèrent et mes ailes s'ouvrirent.

1989…

J'ai consacré les 3 premiers mois de l'année entièrement à Etsé. Nous vivions dans un studio meublé. Ce n'était pas encore un vrai « chez-nous », mais nous étions ensemble, et ça c'était le plus important. Dans un premier temps, j'ai trouvé un emploi dans un cabinet médical, puis par la suite, j'ai acheté une épicerie à la campagne. Nous pouvions ainsi habiter sur le lieu de mon travail, une véritable aubaine.

1995…

Etsé va sur ces 11 ans, il a deux magnifiques petites sœurs, un grand frère et une grande sœur, enfants de mon compagnon et papa de mes enfants. Nous formons une tribu, la boucle est bouclée. Etsé a une famille, une vraie.

Mais, le chemin s'allonge vers ceux qui crient détresse et pour qui nous sommes une toute petite goutte qui alimente l'océan. Avec ma famille, nous nous sommes installés à Chavannes-le-Chêne, dans une ferme que j'ai baptisée « L'Hymne aux Enfants ». C'est à la demande d'Edmond Kaiser que cette ferme allait prendre vie pour accueillir des enfants atteints de la maladie de Noma et d'autres petits tout aussi mal en point. J'y suis restée 14 mois, le temps que l'association que j'avais créée prenne son envol.

 

2006…

Etsé a maintenant 22 ans. L'année dernière, il a pris la décision d'aller à la rencontre de ses racines et de retrouver sa famille biologique (son papa et 2 sœurs). Le temps d'économiser (toujours avec le soutien de nos si précieux amis), et de préparer le voyage et déjà nous embarquons, le 16 juillet, à Genève, destination Lomé. Cette fois-ci, Magali, la marraine d'Etsé depuis le début de notre histoire et véritable sentinelle pour nous, nous accompagne. L'aventure peut commencer.

 

En arrivant au Togo, toute la famille paternel d'Esté et leurs amis nous attendent, tout sourire. Etsé, les yeux écarquillés, au bord des larmes les cherche dans la foule. Lorsque son regard se pose sur les yeux de son père, l'émotion est telle, que pendant une fraction de seconde, j'ai pu ressentir ce que serait l'humanité dans un MONDE EN PAIX. Il m'est particulièrement difficile de retranscrire cette émotion, mais c'est un sentiment très fort qui a pénétré tout mon être, mon corps et mon âme, l'espace d'un infime instant. C'était un peu comme si, pendant un court instant, j'étais en totale symbiose avec toute la planète. Un moment unique et précieux, un de ceux qui vous font comprendre que la vie vaut la peine d'être vécue, ne serait-ce que pour ces indescriptibles et rares instants de pur bonheur partagés avec ses semblables.

 

 

 

 

L'accueil fut d'un seul et chaleureux élan, à la manière africaine. Tous les hommes l'ont serré dans leurs bras et embrassé comme jamais il ne l'avait été. Que d'émotions, que de bonheur ! Le retour aux sources d'une vie commençait.

De ce voyage est née l'association «  Pont Universel «  avec la rencontre de Monsieur Dallen Amenyitor jeune étudiant en anthropologie.

2007

Etsé passe ses vacances en Namibie.

J'organise un voyage au Togo, à Kohé en compagnie de Margherita Giarrrè, qui, lorsque je lui ai envoyé le premier flyer du Pont Universel, s'est écriée « par écrit », cette association vous l'avez faite pour moi, puis-je en faire partie même si je vis en France ?. Ce cri est gravé en moi à tout jamais ! Margherita est venue à moi, à nous, s'est fait confiance et nous a fait confiance. Début juillet nous nos envolions accompagées de Annie-Laure et Denis wisard.

Nous retrouvions Kofi le papa d'Etsé et toute la famille.Magnifique voyage pour nous tous, au fil des jours, Margherita retrouvaient des émotions enfouies depuis de longues années au tréfond de son âme et de son corps. Des émotions de mère grâce aux enfants (l'Afrique et ses enfants), des émotions de femmes grâce aux contacts chaleureux et humains qu'ils soient féminins ou masculins. Margherita nous prouvait que l'approche de la maladie psychique liée automatiquement à celle du sociale, pouvait se transformer en osant sortir de l'endroit où l'on vit pour s'ouvrir à l'Autre. Un voyage qui porte vers l'extèrieur pour mieux voyager vers l'intérieur de soi. Margherita a stoïquement passé les moments désagréables de la tourista, même l'hospitatlisation a été pour elle une expérience riche. Un comité s'est formé pour créer l'association Pont universel Togo. Les rencontres sont la magie de la Vie. Dallen Amenyitor a été le moteur pour créer ce comité accompagné d'autres habitants de Kohé. Notre retour en Suisse était plein de projets enthousiamants et surtout Humains. Margherita nous aoffert éla création du site web et d'un magnifique diaporama. L'hiver fut à nouveau pour elle une très difficile épreuve à passer, mais sans hospitalisation, malgré sa demande, son médecin lui a fait comprendre que cette fois elle aurait la force de passer ce cap sans hospitalisation. Ce qu'elle a vaincu très courageusement. Nous restions en contact par intermittence, une fois Margherita mieux, je lui ai proposé de participer à un film, apporter son témoignage sur ce qu'elle vit et a vécu jusqu'à son prochain voyage au Togo prévu en juillet 2008.

 

2008

 

Début juillet, Margherita, Omar Agustoni cinéaste indépendant et moi repartons pour Kohé.

Pour moi ce film est très important, car j'ai une petite idée derrière la tête. Mon but est de retourner dans le village de la maman d'Etsé pour amorcer une discussion sur le vécu de la naissance d'Etsé, de sa maman , de son frère jumeau et celle du village. Lorsque nous arrivons au village, nous sommes joyeusement accueillis et tout le monde est ravi d'être filmé. Avant notre arrivée nous avions beaucoup travaillé tant au niveau du film que de l'association, C'est donc fatiguée que nous sommes arrivés dans le village. Après les cérémonies de bienvenue, je demande é l'Assemblée et à la famille quelles étaient leurs attentes vis à vis d'Etsé, chacun s'exprimera et l'on découvrira que les attentes de chacun sont importantes mais pas imposantes ; c'est si il arrive à nous aider à améliorer nos conditions nous lui en serions très reconnaissants. Je rebondis en faisant comprendre que ce n'est pas à Etsé qu'il faut demander cela mais bel et bien à voir cela avec avecl'association Pont Universel ; quelles seraient les possibilités de développer des projets. Sur ce je pose la question de comment ils ont vécu le décès de la maman et du frère jumeau d'Etsé. C'est la tante qui va parler, soeur aînée de la maman d'Etsé. Elle nous expliquera que la sépartaion a été vécue difficilement par tout le monde, famille, village. Que les danses n'ont pas été faites pour aider lee défunts à quitter ce monde, à partir avec l'accord de tous. Tout cela plâne encore sur le village, personne en n'a vraiment reparlé. Le papa est parti continuer sa vie, eux sont restés dans le village maudit par cette terrible histoire. En Afrique les jumeaux sont vénérés (Dieu a donné deux enfants et tout le monde va bien) ou alors comme chez Etsé, l'enfant qui reste est un enfanfant jugé sorcier, qui porte malheur, donc il sera abandonné. Je demande si la famille et les hbitants du village seraient d'accord de faire ces danses rituellses dans les prochaines semaines. Il demande un temps de réfléxion pour se concerter. Au bout de 20 minutes, la tante nous dit que c'est accordé et qu'il se réjouisse de célébrer enfin cette cérémonie, qui va apporter à Etsé l'ouverture de cœur et d'âme a sa famille biologique maternelle et le repos à toute la famille. Je suis très émue par tout ce qui vient de se passer et

J'apporte à chacun mes chaleureux remerciements avec de chaudes larmes qui ruissèlent le longs de mes joues. Ainsi se terminera la journée de tournage dans le village maternel, avec, comme futur, de revenir pour y créer un projet agricole, médical ou autre.

 

 

 

 

 

 

 

 



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