LA CIGALE DU METRO
Nous la retrouverons
la cigale du métro
lorsque
amplifiée
par l'arbre creux
de la banquette
elle se gonfle
et se balance hors de
la peau de bronze lâche
tirebouchonnée
de ses bas
Juré !
Sur le livre de partitions fermé
de sa lourde poitrine
elle le jure :
Avant que le bateau de l'heure de pointe
ne l'emporte à vau-l'eau
inaperçue
par les visages de granite
au même titre que le folklore
d'avant-garde inventée
du petit gitan
sans oreille musicienne
Dans le sifflet de samba policier
énervant
du grillon
nous la rechercherons
Dans la glossolalie délirante aussi
de la sauterelle expulsée de l'Éden
qui
rasée de près comme Eve
se gratte d'herpès
effroyablement seule
dans un parc de fleurs sans odeurs
Et pendant que
des mannequins
aérodynamiques
dont l'unique talent
est leur jeunesse
sans pudeur
jettent de l'ombre
sur celle qui les a nourries
toutes :
La Voix des Voix
comme sur les bourrelets sales
d'une prostituée
nos larmes retardataires
sonneront
dans le chaudron d'enfer de la canicule
d'étonnement
face à un son de cigale si pur
dans cet étui de cigare
desséchée
étui de momie
accroupie
(pas en train de chier)
un arc et une flèche à ses côtés
et la plus haute technologie
collée à l'oreille
Dans ses yeux injectés de sang
qui ont trop longtemps nagé
dans la mer de l'exil
de chlore et de courant d'air
nous retrouverons
le rêve
du tapis rouge
déroulé par l'arbre défleuri du pays natal
et nous le porterons en triomphe
de par les théâtres du monde