
Et ce matin, il pleut, il fait froid, l'humidité épaissit l'air dans cette ville actuelle adossée à la pluie. Tu me manques et ta peau, je la respire, douce, j'en hume le miel et ta bouche, suspendue aux palpitations de la danse des gouttelettes, se remplit du chant salé de la mer. J'ai espoir que tu viendras, -mais quand ?-, au jardin des calligraphes, là où les fastes de Bagdad étendent leur bleu étrange. Riche en notes de luth, travaillée au derbouka, une voix de rhapsode s'élève et se lamente, loin de son amante : prière en terre d'exil pour que revive l'âme des poètes assassinés, prière sans cesse dite à son absente : « tu ne peux m'oublier, il est inhumain de m'oublier ».
Le trépignement de la pluie sur l'onde est agaçant. Cela peut durer des heures. Enfin, le bloc longiligne nappé de fer, s'extrait lentement du dernier carré de mer, tassé dans le port. Les rochers s'écartent pour libérer le passage de la masse, s'affaissent derrière mon dos, emportant maisons, ruelles et chansons. C'est un choc, une brutalité. Le basculement est immédiat.
Avant, j'évoluais dans mon enfance de Prince, dans l'ambiance chaude des complaintes berbères, mi - sommeillant, mi - éveillé aux soubresauts félins du monde et là, en une fraction de secondes prises dans la multitude, je devais me tenir prêt au pire, à l'affrontement ? Je devins affûté en lecture des signes annonçant les grandes mutations me concernant et à échelle qui me dépassait, au vaste Monde, ainsi lorsque le vent d'est errant sur une mer d'huile se retournait sans sommations, en vent d'ouest, provoquant tempête et tremblements, ainsi lorsque la nuit était traversée de tressaillements, de lueurs - follets, de lamentations sporadiques . Je me méfiais de tout, d'une parole lunatique passant vivement du clair au chargé, à l'opaque, ou lorsque dans un tout autre registre, les gens dits sérieux que j'approchais devenaient subitement, hilares, cyniques.
(dénuement et solitude)
odeurs d'encriers
estrades à bois de scène
rêveries enfantines
à l'accent de Moyenne - Afrique
connaissance de soi
dans l'attente de l'autre
de toute évidence
l'éclipse d'amour
a sa musique solitaire
L'ombre et la lumière
L'ombre est sans gêne
à petites touches elle s'approprie l'espace
séduisant les jours d'été par sa fraîcheur
elle attend la déconnection du soleil
mais son rêve est d'étendre son royaume
d'un bout à l'autre du globe
préfigurant un Monde
où pourraient vivre toutes les choses qui ne s'expliquent pas
l'ombre deviendrait alors… la Lumière
Les Rêves de la nuit
Où vont se perdre les rêves de la nuit
quand les premières lueurs de l'aube pure
viennent caresser les images de la vie
vont – ils mourir au terme d'un long voyage
dans les jardins d'une autre galaxie
pour y renaître sous forme de nuages…
libérés de l'emprise de la pensée
où l'homme, par nature, les avait tenus
à dessein de vouloir les maîtriser
ou vont – ils habiter d'autres consciences
à la recherche d'une autre forme de vie
survivant à leurs fantasques errances…
où vont se perdre les rêves de la nuit
quand les premières lueurs de l'aube pure
viennent
caresser
les prémisses
de la VIE …